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Journal

Publié le 22 mars 2021

Attention : le dégel arrive

La marche la plus dangereuse dans les Alpes n’est pas celle du plein hiver. C’est celle du moment où l’on se détend.

La vallée de la Clarée dans les Alpes françaises au petit matin, neige sur les sommets.

À votre avis, quel est le moment le plus difficile de l’année dans les Alpes ? On imagine naturellement qu’une randonnée hivernale serait la plus périlleuse. La neige profonde, le vent glacial, les chutes de neige, les journées courtes : le défi ultime. C’est ce qu’on croit.

Or, à force de marcher toute l’année, je trouve que le moment le plus dangereux est en réalité la fin de l’hiver. Le sol sec réapparaît et l’on s’attend à une marche plus tranquille. Les sentiers enneigés qu’on a foulés pendant des mois paraissent plus accueillants, et l’on baisse la garde. En vérité, ils sont devenus un mélange dangereux de glace, d’ornières profondes et de congères instables. C’est à cette période que je manque le plus souvent de tomber. Si vous commencez à admirer le paysage en marchant, vous pouvez compter sur un tête-à-tête avec le sol froid et dur. C’est la saison où il faut surveiller chaque pas.

Nous considérons souvent les moments de pression et de stress comme les plus difficiles de nos parcours. Ces périodes où l’on est au pied du mur et où l’on se bat de toutes ses fibres. C’est souvent là qu’on lance : « priez pour moi ! » Les gens se rassemblent, on attend avec angoisse, on perd le sommeil, l’esprit ne s’apaise pas. Ces moments-là se gravent douloureusement dans l’âme. Repensez à votre vie un instant : ce sont ces événements qui sont inscrits sur votre disque dur. Puis la poussière retombe et l’histoire change. La pression baisse, on se détend, les amis nous tapent dans le dos et tout le monde souffle.

Ces temps de stress forment souvent le caractère. Ce sont eux qui nous apprennent à tenir debout. Pour ma part, j’y ai appris que ma foi était réelle et pas seulement une jolie théorie. Beaucoup de gens en tirent des histoires extraordinaires. Mais une autre épreuve attend au tournant, et celle-là, nous ne la voyons pas venir.

Les canalisations éclatent quand le froid relâche sa prise et que la douceur revient.

Voici venu le moment de surveiller sa façon de marcher. La douceur revient dans nos vies, le stress retombe. C’est là qu’il est facile de tomber et de se faire vraiment mal. Beaucoup de nos échecs moraux ne surviennent pas dans les temps de pression ; ils arrivent quand la vie s’apaise, quand on est seul. On mérite bien de se détendre, non ? Un peu de temps pour soi ? Plus besoin de se concentrer, la crise est passée. Ce n’est plus l’heure d’être responsable. On est fatigué, physiquement, émotionnellement, spirituellement.

Pendant ma formation pastorale, on m’a conseillé de laisser beaucoup de temps libre vers la fin février. Ce serait, m’a-t-on dit, une période de déprime, de brouilles familiales et, disons, de mauvaise humeur générale. Comme c’était vrai, et quel bon conseil. L’hiver était passé, mais pas les problèmes : ils grandissaient.

Quand vos hivers commencent à s’achever, faites attention à votre manière de marcher. Le combat n’est pas terminé et le danger est peut-être plus grand que vous ne le pensez. Regardez où vous posez les pieds, veillez sur votre famille, vos amis, votre propre âme.

Votre printemps viendra, et vous pourrez de nouveau contempler les paysages splendides et la vie qui déborde le long du chemin. Mais ce n’est pas encore le moment.

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    Un parcours dans l’évangile de Matthieu, et un goût retrouvé pour la Bible.